Saint-Jacques de Compostelle : Troisième partie

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Le récit : troisième partie

Compostelle : Troisième partie
Texte et photos : Suzanne Mahler

Troisième partie : Départ de Saint-Jean Pied de Port, le 28 Juin 2018 – Arrivée à Burgos, le 11 juillet 2018

Total : 14 jours et environ 300 kilomètres

Ça y est, après plus de 750 kilomètres de marche, je suis bien arrivée aux pieds des Pyrénées sous les nuages, à Saint-Jean-Pied-de-Port. Et maintenant direction l’Espagne. C’est donc sur le Camino Francés que je m’engage pour marcher les quelques 800 kilomètres qui me séparent de Santiago de Compostela.


Saint-Jean Pied de Port
  • Saint-Jean Pied de Port → Refuge de Kayola (7 km) – Étape 22
  • Refuge de Kayola → Roncevaux (20 km) – Étape 23

La traversée des Pyrénées est réputée pour être une des plus belles étapes du chemin. C’est d’ailleurs d ‘ici que de nombreux pèlerins débutent. Le temps étant très nuageux, je décide avec mes compagnons de route de diviser cette étape : nous espérons avoir du soleil le lendemain pour le reste de la traversée.

Je commence donc l’ascension des Pyrénées dans une épaisse brume empêchant de voir quoi que ce soit à plus de trois mètres devant moi ! Seulement 7 kilomètres séparent Saint-Jean-Pied de Port au petit refuge de Kayola où je passe la nuit.

Le lendemain, la brume est toujours là. Cela m’attriste de me dire que je vais traverser cette étape sans même voir le paysage, mais je me fait à l’idée et me met en route. Mais alors que je progresse en pensant ne rien voir, soudain, un rayon de soleil perce à travers les nuages et vient dévoiler le col d’une montagne ! Petit à petit, l’ensemble du paysage se dégage complètement pour me laisser découvrir un superbe point de vue. Une chose est sûre, cette traversée des Pyrénées  restera un moment fort dans mon pèlerinage, marquant la fin de la partie française de mon chemin.


Roncevaux
  • Roncevaux → Zubiri (20 km) – Étape 24

L’arrivée en Espagne est une étape importante pour moi. D’abord parce que c’est la première fois que je quitte mon propre pays à pieds. Et puis, le passage de la frontière annonce de beaux changements, tels que les coutumes et la langue. Le chemin devient aussi plus international, car beaucoup de pèlerins viennent du monde entier pour marcher sur le Camino Francès à partir de Roncevaux.

Le balisage lui aussi se trouve modifié.  Le trait rouge et blanc du GR 65  de la partie française, se métamorphose en flecha amarilla (flèche jaune). Mais contrairement au balisage en France, on ne les trouve pas toujours aux mêmes endroits. J’avance donc sur le chemin, comme si j’étais dans un jeu de piste, à la recherche des flèches jaunes, balayant du regard l’ensemble du paysage : au sol, sur les murs, sur les panneaux…

Mes premiers pas en Espagne, et plus particulièrement dans la région de la Navarre, se résument à beaucoup de chaleur, quelques coups de soleil, de beaux paysages vallonnés et la traversée de nombreux de petits villages.

Je suis aussi heureuse de constater que je n’ai pas tout perdu de mes cours d’espagnol, que je n’avais jusqu’ici jamais eu l’occasion de mettre en pratique. Les bases de la langue me permettent ainsi de communiquer avec les locaux, mais l’anglais reste très répandu sur le chemin, et il n’est pas obligatoire de parler espagnol pour se faire comprendre.


Zubiri
  • Zubiri → Pampelune (21 km) – Étape 25

J’arrive à Pampelune, après quelques jours de marche déjà sur le Camino Francès. Cette grande ville est pour moi l’occasion de découvrir l’ambiance espagnole festive, mais aussi l’envers du décor de la popularité du chemin de Compostelle : l’auberge municipale de Pampelune est une véritable usine ! Elle est constituée d’un immense dortoir sur plusieurs étages, mais sans aucune cloison.  C’est assez impressionnant de voir le grand nombre de pèlerin qui affluent.


Pampelune
  • Pampelune → Muruzabal (19 km) – Étape 26

Aujourd’hui, j’attaque sous le soleil de plomb la montée vers El Alto de Pardon. Cette étape est particulière, car après une longue montée jusqu’au sommet, on se retrouve face à un splendide paysage, décoré d’une sculpture monumentale en métal représentant des pèlerins en marche. Arrivée là haut, le vent vient caresser mon visage, et je sens que ce sommet marque pour moi une première étape, une première réussite sur mon Camino Francès.

Comme sur le GR 65 en France, on retrouve tout au long du chemin des petites attentions pour les pèlerins, qui me touchent beaucoup. Ici ou là, se trouve une petite table avec des vivres et boissons fraîches à disposition pour les pèlerins : on se sert et on met l’argent que l’on veut donner dans une petite boite prévue à cet effet. Et cela est d’autant plus apprécié lorsqu’on tombe sur une de ces installations alors que l’on marche sous le dur soleil de midi.

Marcher en Espagne est aussi pour moi l’occasion de découvrir la culture et la nourriture espagnole. Et je dois dire que je ne me lasse pas des pauses du matin pour petit-déjeuner une Napolitana (pain au chocolat) et un café con leche.


Muruzabal
  • Muruzabal → Estella (27 km) – Étape 27
  • Estella → Villamayor de Monjardin (8 km) – Étape 28

Si j’ai eu beaucoup de chance de ne pas rencontrer trop de pluies violentes sur mon chemin en Espagne, la chaleur sur le Camino Frances en plein mois de Juillet m’a vite posé des problèmes. Entre Zubiri et Estella, j’essaie de faire de longue poses le midi, mais la chaleur écrasante n’en est pas moins présente jusqu’au coucher du soleil.

La ville d’Estella me plait particulièrement et je décide de prendre du temps pour la visiter plus amplement. Je sillonne la ville et ses nombreuses églises, surtout celle de San Pedro de la Rua, et son cloître. Puis je reprends mon chemin. Et après quelques kilomètres de marche seulement après la sortie de la ville…je tombe sur une fontaine à vin ! Oui, oui, une fontaine où le vin coule à flot, et gratuitement ! Si on trouve tout au long du chemin de nombreuses fontaines d’eau pour que les pèlerins puissent remplir leur gourde, la fontaine à vin est bien une première !

Alors que je m’étais arrêtée pour boire un coup avec d’autres pèlerins, je suis surprise par un gros orage, et je me réfugie sous un pont. J’attends que la pluie s’arrête, puis continue de marcher à la recherche d’un lieu pour dormir ce soir-là. Depuis que j’ai passé la frontière entre la France et l’Espagne , j’ai décidé de me séparer de mon tarp (toile de tente) pour ne dormir qu’à la belle étoile…et j’adore ça ! « Dormir à la belle étoile. S’engouffrer dans son sac de couchage. S’allonger sous la voûte céleste, l’œil perdu dans les myriades. Sentiment d’être là, infiniment petit devant l’infiniment grand. »  Jacques Lanzmann – Fou de la Marche


Villamayor de Monjardin
  • Villamayor de Monjardin → Viana (33 km) – Étape 29
  • Viana → Navarrete (20 km) – Étape 30

Mon pèlerinage se poursuit à travers la région de la Rioja puis celle de Castill-et-Léon. Les petits villages s’enchaînent et sont souvent construits sur les hauteurs d’une colline, obligeant le pèlerin à monter dans le village pour en redescendre juste après.

Lorsque je bivouaque le soir, j’aime me coucher en même temps que le soleil. Cela me permet de me lever tôt le matin, et de commencer à marcher lorsque la nature s’éveille, avec le chant des oiseaux. Il est à peine 8 heures du matin lorsque j’arrive dans le petit village de Los Arcos, encore endormi. J’entends mes pas qui résonnent dans les rues vides que j’emprunte pour traverser le village. Les hirondelles, si nombreuses en cette saison en Espagne, chantent bruyamment au-dessus de moi.


Navarrete
  • Navarrete → Azofra (21 km) – Étape 31
  • Azofra → Granon (23 km) – Étape 32
  • Granon → Tosantos (22 km) – Étape 33

Le relief du chemin s’aplanit de jour en jour  et devient de plus en plus sec et aride. Le vallons verdoyants se transforment en long champs de blé jaune.

Un soir, alors que je cherche un lieu pour bivouaquer dans le petit village de Tosantos, j’aperçois au loin une petite église à flanc de colline, insérée dans la roche. Je décide de sortir du chemin pour aller voir cela de plus près. Arrivée là haut, je découvre une chapelle troglodyte, mais la porte est fermée. Je décide tout de même de m’installer ici pour la nuit. Et alors que je me prépare à prendre le repas, un monsieur vient ouvrir la chapelle pour une visite. J’ai donc la grande chance d’en profiter et de pouvoir voir l’intérieur cette belle chapelle, entièrement  creusée dans la roche.


Tosantos
  • Tosantos → Ages (23 km) – Étape 34
  • Ages → Burgos (22 km) – Étape 35

L’arrivée sur Burgos est longue et se fait le long d’une grosse route peu agréable. J’aime de moins en moins traverser les grandes villes sur mon pèlerinage. Je me suis tellement habituée à la quiétude de la campagne que me retrouver soudainement projetée en ville me fait complètement perdre mes repères. Arrivée dans le centre ville, je me dirige vers le gîte municipal de Burgos. C’est encore une grande auberge aux chambres remplies de dizaine et dizaine de lits. Malgré cela, je sors visiter la ville et je tombe rapidement sous son charme, surtout face à la beauté de son immense cathédrale gothique.

En arrivant à Burgos, j’ai déjà parcouru la majorité de mon pèlerinage. Devant moi, s’annonce la difficile étape de la Meseta, région très aride où s’étendent des champs à perte de vue. Ensuite, ce sera la Galice et ses montagnes, avant d’arriver devant la Cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle, celle vers laquelle je marche depuis déjà plus de 2 mois.

À suivre…


Image représantant notre collaboratrice Suzanne pour son article sur Lone Cone

À propos de Suzanne

Grande amatrice d’activités de plein air, Suzanne a toujours eu soif d’aventures et de voyages. Facebook • Instagram • Site web • Youtube